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EN BREF
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L’élevage, bien qu’émettant 14 % des gaz à effet de serre (GES) globaux, joue également un rôle clé dans la régulation des cycles biogéochimiques. Les principales sources d’émissions de GES de cette filière sont le méthane (CH4), le protoxyde d’azote (N2O) et le dioxyde de carbone (CO2), associés principalement à la digestion des ruminants, à l’utilisation d’engrais et à l’énergie nécessaire pour les opérations d’élevage. Malgré une diminution des émissions de méthane en Europe, leur concentration continue d’augmenter à l’échelle mondiale. Pour réduire l’impact de l’élevage sur le climat, plusieurs initiatives se concentrent sur l’adaptation des pratiques d’élevage, l’optimisation de l’alimentation animale, et la valorisation des coproduits végétaux. Parallèlement, les prairies permanentes, essentielles à la biodiversité et au stockage de carbone, sont menacées par des pratiques agricoles intensives. Ainsi, la recherche vise à allier productivité et durabilité, tout en valorisant les services environnementaux que l’élevage peut fournir.
Élevage et environnement : décryptage du bilan carbone
L’élevage, tout en étant une source d’alimentation essentielle, représente également un des secteurs les plus polluants en raison de ses émissions de gaz à effet de serre (GES). Cet article vise à analyser en profondeur le bilan carbone de l’élevage, en mettant en avant les différents types de GES émis, leurs sources en agriculture, ainsi que les stratégies et innovations mises en place pour réduire cet impact environnemental. Nous aborderons les défis à relever et les opportunités qui se présentent pour aligner l’élevage avec des pratiques durables.
Les émissions de gaz à effet de serre dans l’élevage
À l’échelle mondiale, les émissions de GES dues à l’agriculture représentent environ 14 % des émissions totales, dont près de 60 % proviennent de l’élevage. Les principaux GES concernés sont le méthane (CH4), le protoxyde d’azote (N2O) et le dioxyde de carbone (CO2). Le méthane est produit principalement par des processus de fermentation digestive chez les ruminants ainsi que par les effluents d’élevage, tandis que le protoxyde d’azote est associé aux engrais utilisés pour la culture des aliments destinés aux animaux. Enfin, le dioxyde de carbone est généré par les transports et l’utilisation de machines dans les exploitations agricoles.
Le méthane : un gaz à effet de serre préoccupant
Le méthane représente environ 16 % des émissions globales de méthane dues à l’élevage. Ce gaz a un potentiel de réchauffement global 28 fois supérieur à celui du CO2 sur une période de 100 ans, mais il a une durée de vie dans l’atmosphère plus courte, environ 10 ans. Cela signifie que les efforts pour réduire les émissions de méthane pourraient porter leurs fruits rapidement, ce qui fait du méthane un objectif clé pour les politiques environnementales.
En Europe, des progrès ont été réalisés pour réduire les émissions de méthane, avec une diminution de 39 % entre 1990 et 2020. Cependant, à l’échelle mondiale, la concentration de méthane dans l’atmosphère continue d’augmenter, suivant une trajectoire pessimiste telle que décrite par le GIEC.
Les stratégies de réduction des émissions de GES en France et en Europe
Face à cette situation préoccupante, des stratégies nationales et européennes ont été mises en place. Le plan de neutralité carbone de l’Union Européenne impose un objectif de réduction des émissions nettes à zéro d’ici 2050. En France, la troisième Stratégie nationale bas-carbone prévoit des actions visant à maintenir les stocks de carbone dans les sols grâce aux prairies permanentes et à la captation de carbone.
Les chercheurs étudient également les services environnementaux fournis par les systèmes d’élevage extensifs. Par exemple, les sols des prairies qui sont bien gérées peuvent stocker jusqu’à 85 tonnes de carbone par hectare, tandis que ces écosystèmes jouent un rôle crucial dans la préservation de la biodiversité.
Optimisation de l’élevage : efficience et innovation
Une voie prometteuse pour réduire les émissions de GES dans l’élevage est l’optimisation du devenir des animaux et de leur carrière productive. Des pratiques telles que la sélection génétique et la réduction des cycles improductifs peuvent contribuer à diminuer l’impact sur le climat. Par exemple, améliorer la précocité sexuelle des vaches et prolonger la durée de lactation peut réduire les périodes où les animaux ne produisent pas de lait, limitant ainsi les coûts et les émissions associées.
De plus, des projets récents, tels que METHANE 2030, sont financés pour réduire les émissions de méthane des filières bovines de 30 % en dix ans, en utilisant des solutions innovantes. Les pratiques d’alimentation basées sur des coproduits non comestibles par les humains représentent également un levier important. Ce mode d’alimentation aide à valoriser des ressources inutilisées tout en réduisant la dépendance vis-à-vis des aliments conventionnels, souvent à forte empreinte carbone.
Les mâles en élevage : enjeux économiques et écologiques
Dans le processus de reproduction de certaines espèces, un grand nombre de mâles sont issus des élevages, mais ces derniers ont souvent peu de valeur économique car ils ne contribuent pas à la production directe. Par exemple, pour les volailles, les poussins mâles des races pondeuses sont souvent éliminés. Le projet ROSE finance une innovation pour permettre le sexage des embryons, afin de ne garder que ceux des femelles. Cette approche permet d’augmenter la valeur économique des animaux et de réduire les émissions associées à l’élevage de mâles non viables.
L’alimentation animale : un domaine à fort potentiel de réduction d’impact
L’alimentation des animaux représente une part importante des émissions de GES dans l’élevage. Les chercheurs explorent des moyens de réduire le bilan carbone des aliments utilisés, notamment en développant des ingrédients à faible empreinte écologique et en optimisant la
composition des rations alimentaires. L’outil Ecoalim, par exemple, permet d’évaluer le bilan carbone des diverses matières premières agricoles afin de concevoir des aliments plus respectueux de l’environnement.
En explorant l’efficience alimentaire, les scientifiques s’efforcent d’améliorer la digestibilité des aliments et la conversion des nutriments, ce qui peut réduire les rejets polluants. L’usage d’enzymes pour faciliter l’assimilation des nutriments et limiter les pertes dans l’environnement est déjà en cours d’expérimentation.
Le microbiote des ruminants : un nouvel axe d’amélioration
Les ruminants, en particulier, sont des émetteurs notoires de méthane en raison de la fermentation entérique. Des études sont en cours pour manipuler le microbiote du rumen afin de diminuer les émissions de méthane. En explorant les interactions entre l’alimentation et la composition de la flore microbienne, des solutions d’alimentation innovantes pourront voir le jour, contribuant à la réduction significative des émissions de GES.
Vers une sélection génétique plus durable
La sélection génétique joue un rôle crucial dans la lutte contre les émissions de méthane. Des chercheurs utilisent les données de production laitière et les caractéristiques sous-jacentes pour identifier les animaux produisant moins de méthane. Cette approche permettra d’orienter les schémas de reproduction vers une génétique bovine plus efficace en termes d’émissions. À l’horizon 2025, les modèles prédictifs pour estimer les émissions de méthane seront finalisés, rendant les outils de sélection plus précis.
Le rôle des prairies dans la durabilité de l’élevage
Les prairies permanentes sont un atout majeur pour la durabilité de l’élevage en France. Elles offrent non seulement un habitat riche en biodiversité, mais aussi un stockage significatif de carbone. Les pratiques de pâturage doivent être adaptées pour éviter le surpâturage et maintenir la santé des écosystèmes. Les haies entourant ces prairies contribuent également à la régénération de la biodiversité et à la protection des sols.
Élevage et agriculture biologique : un mariage nécessaire
Avec l’objectif de réduire les dépendances aux engrais de synthèse, l’élevage biologique devient de plus en plus pertinent. Ce mode de production favorise l’intégration des animaux dans les cycles de cultures, notamment en utilisant les effluents d’élevage comme fertilisants naturels. En limitant l’utilisation des produits chimiques, l’agriculture biologique offre ainsi un cadre propice à la préservation des ressources en eau et à l’amélioration de la biodiversité.
Évaluation des services environnementaux en élevage
Bien que les services environnementaux fournis par l’élevage soient reconnus, leur quantification reste un défi. Des initiatives visent à développer des métriques afin de mesurer l’impact positif des animaux sur les écosystèmes. La reconnaissance accrue de ces services à travers des systèmes de rémunération pourrait inciter les éleveurs à adopter des pratiques plus durables, intégrant ainsi l’élevage dans la transition écologique.
Conclusion : le chemin vers un élevage durable
L’élevage représente un défi mais aussi une opportunité pour les systèmes agro-alimentaires durables. Des innovations et des pratiques adaptées peuvent contribuer à ce que l’élevage devienne une source de nourriture alimentaire tout en respectant l’environnement. Le chemin est semé d’obstacles, mais les recherches prometteuses et les stratégies de réduction des émissions ouvrent des perspectives pour un avenir où l’élevage sera en harmonie avec les défis environnementaux actuels.

Témoignages sur Élevage et Environnement : Décryptage du Bilan Carbone
Jean Dupont, éleveur de vaches laitières en Bretagne, partage son expérience avec le changement climatique : « En tant qu’éleveur, je suis conscient que notre secteur contribue aux émissions de gaz à effet de serre. Nous travaillons dur pour adapter notre production afin de réduire notre empreinte carbone. Par exemple, nous avons mis en place des pratiques d’élevage plus durables, qui minimisent le gaspillage et améliorent l’efficacité alimentaire de nos animaux. Actuellement, nous sommes en train d’étudier la manière d’optimiser notre alimentation animale pour utiliser des ressources moins émettrices de CO2. »
Sophie Martin, agricultrice et responsable de la gestion des prairies, souligne l’importance des écosystèmes : « Les prairies permanentes jouent un rôle crucial dans la séquestration du carbone. Elles fournissent également un habitat pour la biodiversité. Pour nous, conserver ces espaces est non seulement une question de profitabilité, mais également de responsabilité environnementale. Les pratiques de pâturage durable que nous mettons en œuvre permettent de conserver les sols et de limiter l’érosion. »
Lucie Renaud, chercheuse en agronomie et biologie des sols, explique : « La recherche sur le bilan carbone dans l’élevage est essentielle. En utilisant des modèles de simulation, nous comprenons mieux comment les systèmes d’élevage peuvent s’adapter aux enjeux environnementaux et réduire les émissions de méthane, qui, bien que de courte durée dans l’atmosphère, ont un fort potentiel de réchauffement. Notre objectif est de rendre ces modèles accessibles aux agriculteurs pour qu’ils puissent directement appliquer ces connaissances sur le terrain. »
Paul Bernard, responsable d’une coopérative agricole, souligne l’importance de l’innovation : « Nos membres investissent dans des outils pour améliorer la durabilité de l’élevage. Nous avons lancé des programmes pour éduquer les éleveurs sur l’utilisation de l’Ecoalim, un outil permettant de concevoir des rations alimentaires à faible impact carbone. C’est une initiative qui combine à la fois rentabilité économique et responsabilité sociale. »
Émilie Chevalier, responsable d’un laboratoire d’élevage, aborde les avancées scientifiques : « La sélection génétique est un levier puissant pour réduire les émissions de méthane. Nous travaillons à analyser pourquoi certaines vaches émettent moins de gaz. Grâce à nos recherches, nous espérons pouvoir recommander des pratiques de sélection plus éclairées qui favorisent des animaux à plus faible empreinte carbone tout en maintenant la productivité. »
