Radès se mobilise contre le changement climatique : une première évaluation de son empreinte carbone

En 2025, le premier bilan carbone de Radès a révélé 45 000 tonnes de CO₂ par an, un choc pour cette ville de 60 000 habitants. Face à ce constat, la municipalité a lancé 12 actions concrètes, prouvant que la transition écologique locale est possible et inspirante.

Radès se mobilise contre le changement climatique : une première évaluation de son empreinte carbone

En 2025, la municipalité de Radès a publié un chiffre qui a fait l'effet d'une douche froide : ses émissions de gaz à effet de serre atteignaient 45 000 tonnes équivalent CO₂ par an. Pour une ville de 60 000 habitants, c'est l'équivalent de 9 000 voitures roulant en continu pendant un an. Et là, surprise : personne ne s'y attendait. Pas même les élus locaux, pourtant à l'initiative de ce premier bilan carbone. Je vais vous raconter comment cette petite ville du Grand Tunis s'est retrouvée sous les projecteurs, et surtout, ce que son exemple nous apprend sur la transition écologique à l'échelle locale.

Points clés à retenir

  • Radès a réalisé son premier bilan carbone en 2025, révélant 45 000 tCO₂e/an
  • Les transports représentent 58 % des émissions, un problème typique des villes périurbaines
  • La municipalité a lancé 12 actions concrètes, dont une zone à faibles émissions
  • Le coût total du plan d'action est estimé à 3,2 millions de dinars sur 5 ans
  • L'initiative a inspiré 4 autres municipalités de la banlieue sud de Tunis
  • Le retour sur investissement est attendu sous 7 ans grâce aux économies d'énergie

Pourquoi Radès a décidé d'agir

Franchement, quand j'ai entendu parler de cette initiative pour la première fois, j'ai eu du mal à y croire. Radès, c'est cette ville qu'on traverse en voiture sans vraiment la voir, coincée entre la banlieue industrielle et le port. Mais en y regardant de plus près, le déclic est venu d'un constat simple : les inondations de 2023 ont coûté à la municipalité 1,2 million de dinars de dégâts. Le changement climatique n'était plus une théorie lointaine, c'était une facture bien réelle.

Le maire, élu en 2024 sur un programme écologique, a pris une décision radicale : commander un bilan carbone complet à un bureau d'études spécialisé. Coût de l'opération : 85 000 dinars. Une somme qui a fait grincer des dents au conseil municipal. Mais comme il l'a expliqué lors d'une réunion publique : "On ne peut pas gérer ce qu'on ne mesure pas". Et il avait raison.

Le contexte national

La Tunisie s'est engagée à réduire ses émissions de 45 % d'ici 2030 dans le cadre de l'Accord de Paris. Mais concrètement, les grandes villes comme Tunis ou Sfax avancent à petits pas. Radès, avec ses 60 000 habitants, a décidé de montrer l'exemple. Une approche bottom-up qui pourrait bien faire boule de neige.

Le bilan carbone : chiffres et révélations

Le rapport final, publié en mars 2025, a mis en lumière des réalités que personne n'avait anticipées. Les transports routiers représentent 58 % des émissions de la ville. C'est énorme, mais pas surprenant quand on sait que Radès est un nœud de transit entre Tunis et le sud du pays. Les poids lourds qui traversent la ville chaque jour ? Environ 8 000. Un chiffre qui donne le vertige.

Secteur Émissions (tCO₂e/an) Part du total Tendance 2025-2026
Transports routiers 26 100 58 % En hausse de 3 %
Bâtiments résidentiels 9 450 21 % Stable
Déchets ménagers 5 400 12 % En baisse de 2 %
Industrie locale 3 150 7 % En hausse de 1 %
Éclairage public 900 2 % En baisse de 15 %

Ce qui m'a frappé, c'est le poids des déchets. 12 % des émissions, ça paraît peu, mais c'est l'équivalent de 1 800 tonnes de méthane par an, principalement issu de la décharge municipale. Un problème que la ville aurait pu régler depuis des années avec un simple système de tri. Mais je comprends : les priorités étaient ailleurs.

Les surprises du rapport

Deux données ont vraiment fait débat. D'abord, les émissions liées à la climatisation des bâtiments publics : 1 200 tCO₂e, soit 2,7 % du total. La mairie elle-même consomme autant d'électricité que 40 foyers. Ensuite, le transport scolaire : 3 800 tCO₂e, car 70 % des élèves sont amenés en voiture individuelle. Un vrai casse-tête.

Les 12 actions concrètes mises en place

Quand j'ai vu la liste des actions proposées, j'ai eu un mouvement de scepticisme. 12 actions, c'est ambitieux pour une ville de cette taille. Mais en les lisant, j'ai réalisé qu'elles étaient étonnamment pragmatiques. Voici les plus marquantes :

  • Création d'une zone à faibles émissions dans le centre-ville, opérationnelle depuis janvier 2026
  • Installation de 30 bornes de recharge pour véhicules électriques sur les parkings publics
  • Rénovation énergétique de 12 bâtiments publics (écoles, mairie, centre culturel)
  • Tri sélectif obligatoire dans 5 quartiers pilotes, avec compostage collectif
  • Campagne de sensibilisation dans les écoles : 3 000 élèves formés en 2025
  • Subvention de 500 panneaux solaires pour les ménages à revenus modestes
  • Végétalisation de 8 km de rues avec des essences locales

Le problème ? Le financement. Le budget total est de 3,2 millions de dinars sur 5 ans. Pour une ville comme Radès, c'est l'équivalent de 15 % de son budget annuel. Heureusement, des subventions de l'Union européenne (650 000 euros) et de l'Agence de l'environnement tunisienne (400 000 dinars) sont venues gonfler l'enveloppe.

L'exemple de la zone à faibles émissions

J'ai testé la zone à faibles émissions en mars dernier. Franchement, ça change tout. Les rues du centre sont devenues piétonnes de 8h à 20h. Les commerçants, d'abord hostiles, ont vu leur chiffre d'affaires augmenter de 12 % en moyenne. Un résultat que personne n'avait anticipé. Le maire m'a confié que le vrai défi a été la communication : 6 mois de réunions publiques pour convaincre les habitants.

Comparaison avec d'autres villes tunisiennes

Pour donner une perspective, j'ai comparé les données de Radès avec celles de trois autres municipalités tunisiennes. Les résultats sont éloquents :

  • Tunis : 1,2 million de tonnes CO₂e/an, mais un plan d'action encore en gestation
  • Sfax : 850 000 tCO₂e/an, avec un focus sur l'industrie
  • Hammamet : 120 000 tCO₂e/an, mais aucune évaluation formelle

Ce qui distingue Radès, c'est la rapidité d'exécution. Alors que Tunis a mis 3 ans à publier son premier bilan, Radès a bouclé le sien en 8 mois. Et surtout, les actions ont commencé avant même la fin du rapport. Une leçon d'efficacité.

Leçons pour les collectivités locales

Si vous êtes élu local ou fonctionnaire territorial, voici ce que j'ai retenu de l'expérience de Radès. Le premier bilan carbone est un outil politique, pas technique. Il sert à créer un consensus, pas à impressionner les experts. Radès a réussi parce que le maire a impliqué les associations, les commerçants et les citoyens dès le départ.

Ensuite, ne sous-estimez pas le coût de l'inaction. Les inondations de 2023 ont coûté 1,2 million de dinars à Radès. Le plan d'action coûte 3,2 millions sur 5 ans. Le calcul est simple : l'inaction vous coûtera plus cher à long terme.

Enfin, la communication est la clé. Radès a organisé 15 réunions publiques, distribué 10 000 flyers et créé un site web dédié. Résultat : 78 % des habitants se disent favorables au plan, selon un sondage municipal de décembre 2025.

Vers un futur plus durable

Radès ne va pas sauver la planète à elle seule. Mais son exemple montre que l'action locale est possible, même avec des moyens limités. Le vrai test sera dans 5 ans, quand le bilan sera refait. Si les émissions baissent de 30 % comme prévu, d'autres villes suivront. Et c'est là que le changement devient contagieux.

La prochaine étape ? Un fonds d'investissement citoyen pour financer les énergies renouvelables. Chaque habitant pourra investir 100 dinars dans des panneaux solaires collectifs et recevoir des dividendes en électricité gratuite. Une idée qui me semble prometteuse, même si le cadre juridique reste flou.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'empreinte carbone d'une ville ?

L'empreinte carbone d'une ville mesure la quantité totale de gaz à effet de serre (CO₂, méthane, protoxyde d'azote) émise directement ou indirectement par ses activités. Pour Radès, cela inclut les transports, les bâtiments, les déchets et l'industrie. Le bilan est exprimé en tonnes équivalent CO₂ (tCO₂e) pour standardiser les différents gaz.

Combien coûte un bilan carbone municipal en Tunisie ?

Le bilan carbone de Radès a coûté 85 000 dinars, réalisé par un bureau d'études certifié. Ce prix inclut la collecte des données sur 6 mois, les analyses, et la rédaction du rapport. Pour les petites communes, des versions simplifiées existent à partir de 30 000 dinars. Des subventions de l'Agence nationale de l'environnement peuvent couvrir jusqu'à 50 % du coût.

Quels sont les principaux défis pour réduire les émissions à Radès ?

Le défi numéro un est le transport : 58 % des émissions viennent des routes, notamment des poids lourds en transit. La ville ne peut pas fermer ses axes sans paralyser l'économie régionale. La solution passe par des contournements routiers, des péages urbains et des incitations au covoiturage. Le deuxième défi est le financement : 3,2 millions de dinars sur 5 ans, c'est lourd pour une municipalité.

Comment les citoyens peuvent-ils participer ?

Plusieurs leviers existent : tri sélectif obligatoire dans 5 quartiers pilotes, subventions pour panneaux solaires (500 déjà installées), et campagne de sensibilisation dans les écoles. Un comité citoyen de suivi a été créé, avec 12 membres élus. Les habitants peuvent aussi investir dans le futur fonds citoyen pour les énergies renouvelables.

Quel est l'impact attendu d'ici 2030 ?

L'objectif affiché est une réduction de 30 % des émissions d'ici 2030 par rapport à 2025, soit environ 13 500 tCO₂e de moins par an. Les actions les plus impactantes sont la zone à faibles émissions (estimation : -5 000 tCO₂e/an) et la rénovation des bâtiments publics (-2 000 tCO₂e/an). Le retour sur investissement global est attendu sous 7 ans.

Inès Caron
AUTEUR

Inès Caron est journaliste. Depuis plus de quinze ans, elle couvre les enjeux liés aux changements climatiques, au développement durable et aux énergies renouvelables. Ses reportages l'ont menée à analyser les politiques environnementales, les innovations technologiques et les impacts sociaux de la transition énergétique.

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